dimanche 16 novembre 2014
mardi 28 octobre 2014
Enfin, la lettre si longtemps attendue arriva...
Sanine envoya une lettre à madame
Gemma Slocum à New-York. Il lui dit qu’il lui écrivait de Francfort où il était
venu à sa recherche ; qu’il comprenait parfaitement qu’il n’avait pas le
droit d’espérer une réponse, car il ne méritait pas son pardon.[…] Il raconta
sa vie solitaire, sans famille, sans joie, et la pria de ne pas se méprendre
sur les motifs qui l’avaient déterminé à écrire cette lettre ; il ne
voulait pas emporter dans la tombe la conscience qu’une faute, qu’il avait
cruellement expiée, n’avait pas été pardonnée.
« En m’envoyant ne fût-ce
qu’un mot, ajoutait Sanine en terminant sa lettre, vous ferez une bonne action,
digne de votre belle âme, et je vous en serai reconnaissant jusqu’à mon dernier
soupir. Je suis actuellement à l’hôtel du Cygne Blanc, à Francfort,
et j’attendrai ici votre réponse jusqu’au printemps. » Il souligna ces derniers mots.
Sanine expédia sa lettre et l’attente commença.
Il passa six semaines à l’hôtel sans sortir de sa chambre et ne
voyant personne. Ses amis de Russie ne pouvaient pas lui écrire n’ayant pas son
adresse, et Sanine s’en félicitait ; il savait que lorsqu’il recevrait une
lettre, il saurait de qui elle vient. […]
Enfin, la lettre si longtemps attendue arriva, portant un timbre américain et venant
de New-York ! La suscription de l’enveloppe était d’écriture anglaise.
Sanine ne reconnut pas cette écriture et son cœur se serra. Il
avait peur d’ouvrir cette lettre. Il regarda la signature : Gemma !
Il fondit en larmes. [...]
Ce nom écrit au bas de la page sans être accompagné du nom de famille
était un gage de pardon.
La lettre était simple et pleine de bonté. […]
Il est impossible d’exprimer ce que Sanine ressentit en lisant cette
lettre. Il n’y a pas de mots pour rendre des sentiments semblables. Ces
sentiments sont plus profonds, plus forts, plus vagues que la parole. La
musique seule pourrait les exprimer.
Ivan
Sergueivitch Tourgueniev: Eaux printanières
Vous commencerez à écrire un livre, pour combler le vide...
Vous allez arriver dans quelques instants à cette gare
transparente à laquelle il est si beau d’arriver à l’aube comme le permet ce
train dans d’autres saisons.
Il fera encore nuit
noire et au travers des immenses vitres vous apercevez les lumières des
réverbères et les étincelles bleues des trams.
Vous ne descendez
pas à l’Albergo Quirinale, mais vous irez jusqu'au bar où vous demanderez un caffè
latte, lisant le journal que vous viendrez d’acheter tandis que la lumière
apparaitra, augmentera, s’enrichira, s’échauffera peu à peu.
Vous aurez votre
valise à la main lorsque vous quitterez la gare à l’aurore (le ciel est
parfaitement pur, la lune a disparu, il va faire une nouvelle journée
d’automne), la ville paraissait dans toute sa rougeur profonde, et comme vous
ne pourrez vous rendre ni via Monte delle Farina, ni à l’Albergo Quirinale,
vous arrêterez un taxi et vous lui demanderez de vous menez à l’hôtel Croce di
Malta, via Borgognone, près de la place d’Espagne.
Vous n’irez point
l’attendre à la sortie du palais Farnèse ; vous déjeunerez seul ;
tout au long de ces quelques jours, vous prendrez tous vos repas seul.
Evitant de passer
dans un quartier, vous vous promènerez tout seul et le soir vous rentrez seul
dans votre hôtel où vous vous endormirez seul.
Alors dans cette
chambre, seul, vous commencerez à écrire un livre, pour combler le vide de ces
jours à Rome sans Cécile, dans l’interdiction de l’approcher.
Puis lundi soir, à
l’heure même que vous aviez prévue, pour le train même que vous aviez prévu,
vous retournerez vers la gare,
Sans l’avoir vue.
Michel Butor, La
Modification
jeudi 16 octobre 2014
Tout art est un langage
Tableau de René Teil
« Tout art est un langage.
L’artiste, quel qu’il soit, par des sons, par des mots, par des moyens
plastiques exprime ce qu’il ressent à la perception de certains aspects de la
nature. La valeur de l’œuvre d’art réside dans la valeur du langage employé et
celui-ci est fonction de l’émotion ressentie. Un morceau de musique, même
descriptive, n’est pas la restitution exacte des sons perçus, de même un
tableau ne peut être la copie exacte de la nature, et par nature, j’entends
tout aussi bien un paysage, un assemblage d’objets ou un portrait d’êtres
vivants. Peindre c’est donc essentiellement s’efforcer de traduire par des
moyens plastiques, le sentiment d’un homme à l’égard de la vie. Le peintre, par
sa toile, exprime ses réactions vis-à-vis de la nature, et son sens de la vie.
Mû par l’inspiration, armé de ses pinceaux et de ses pâtes, il va se libérer,
crier sa joie trop grande ou sa peine trop vive, communiquer à d’autres ce que
douloureusement il ressent. Alors comme une véritable lutte entre ce sentiment,
cette passion qui veut s’affirmer et la matière trop souvent rebelle. » René
Teil
Tableau de René Teil
La décision
Je t'ai aimée, ma décision est précise
A qui dois- je présenter des excuses
En amour, aucun
pouvoir ne s'élève en-dessus du mien
C'est à moi que reviennent, choix et décision
Ce sont mes sentiments à moi...
Ne t'en mêle pas S'il te plaît, entre la mer et le marin
Ne prends plus parti, parce que J'en suis obstiné, et je
continuerai
Que craindre ?
Je suis les voiles et
les océans
Et tu n'es que l'un
de mes fleuves
Les femmes ! Je les
ai faites bagues autour des doigts
Et planètes dans mon
orbite
Tais-toi... et ne dis plus rien !
C'est encore avec elles que je tiens mon dialogue
Car c’est moi qui ordonne les décrets de la passion !
Et c’est moi qui définis mon territoire, dessine mes cartes
Et choisis la couleur de mes mers …
C’est moi qui décide de qui peut accéder à mon paradis ou à
mon enfer
En amour, je suis autoritaire et tyran !
Et à chaque passion, une saveur coloniale !
Résigne-toi à ma volonté et, comme une enfant, accueille mes pluies !
Et si j’ai quelque chose à dire
C’est à l’Unique et au Tout Puissant que je m’adresserai…
Extrait traduit du poème " القرار " du poète syrien Niazar Kabbani
إني عشقتك .. واتخذت قراري
فلمن أقدم _ يا ترى _ أعذاري
لا سلطةً في الحب .. تعلو سلطتي
فالرأي رأيي .. والخيار خياري
هذي أحاسيسي .. فلا تتدخلي
أرجوك ، بين البحر والبحار ..
ظلي على أرض الحياد .. فإنني
سأزيد إصراراً على إصرار
ماذا أخاف ؟ أنا الشرائع كلها
وأنا المحيط .. وأنت من أنهاري
وأنا النساء ، جعلتهن خواتماً
بأصابعي .. وكواكباً بمداري
خليك صامتةً .. ولا تتكلمي
فأنا أدير مع النساء حواري
وأنا الذي أعطي مراسيم الهوى
للواقفات أمام باب مزاري
وأنا أرتب دولتي .. وخرائطي
وأنا الذي أختار لون بحاري
وأنا أقرر من سيدخل جنتي
وأنا أقرر من سيدخل ناري
أنا في الهوى متحكمٌ .. متسلطٌ
في كل عشق نكهة استعمار
فاستسلمي لإرادتي ومشيئتي
واستقبلي بطفولةٍ أمطاري..
إن كان عندي ما أقول .. فإنني
سأقوله للواحد القهار...
عيناك وحدهما هما شرعيتي
مراكبي ، وصديقتا أسفاري
إن كان لي وطنٌ .. فوجهك موطني
أو كان لي دارٌ .. فحبك داري
من ذا يحاسبني عليك .. وأنت لي
هبة السماء .. ونعمة الأقدار؟
من ذا يحاسبني على ما في دمي
من لؤلؤٍ .. وزمردٍ .. ومحار؟
أيناقشون الديك في ألوانه ؟
وشقائق النعمان في نوار؟
يا أنت .. يا سلطانتي ، ومليكتي
يا كوكبي البحري .. يا عشتاري
إني أحبك .. دون أي تحفظٍ
وأعيش فيك ولادتي .. ودماري
إني اقترفتك .. عامداً متعمداً
إن كنت عاراً .. يا لروعة عاري
ماذا أخاف ؟ ومن أخاف ؟ أنا الذي
نام الزمان على صدى أوتاري
وأنا مفاتيح القصيدة في يدي
من قبل بشارٍ .. ومن مهيار
وأنا جعلت الشعر خبزاً ساخناً
وجعلته ثمراً على الأشجار
سافرت في بحر النساء .. ولم أزل
_ من يومها _ مقطوعةً أخباري..
***
يا غابةً تمشي على أقدامها
وترشني يقرنفلٍ وبهار
شفتاك تشتعلان مثل فضيحةٍ
والناهدان بحالة استنفار
وعلاقتي بهما تظل حميمةً
كعلاقة الثوار بالثوار..
فتشرفي بهواي كل دقيقةٍ
وتباركي بجداولي وبذاري
أنا جيدٌ جداً .. إذا أحببتني
فتعلمي أن تفهمي أطواري..
من ذا يقاضيني ؟ وأنت قضيتي
ورفيق أحلامي ، وضوء نهاري
من ذا يهددني ؟ وأنت حضارتي
وثقافتي ، وكتابتي ، ومناري..
إني استقلت من القبائل كلها
وتركت خلفي خيمتي وغباري
هم يرفضون طفولتي .. ونبوءتي
وأنا رفضت مدائن الفخار..
كل القبائل لا تريد نساءها
أن يكتشفن الحب في أشعاري..
كل السلاطين الذين عرفتهم..
قطعوا يدي ، وصادروا أشعاري
لكنني قاتلتهم .. وقتلتهم
ومررت بالتاريخ كالإعصار ..
أسقطت بالكلمات ألف خليفة ..
وحفرت بالكلمات ألف جدار
أصغيرتي .. إن السفينة أبحرت
فتكومي كحمامةٍ بجواري
ما عاد ينفعك البكاء ولا الأسى
فلقد عشقتك .. واتخذت قراري..
نزار قباني
mercredi 15 octobre 2014
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