lundi 10 août 2015

La fleur crépon



O ! Fleur aux feuilles crépon blanches comme la neige
C’est sur toi que se pose le regard
Et telle une broche, tu embellis la robe
D’une dame, d'une reine ou d'une princesse !
Eclairée au centre par des rayons rouges,
Ta forme et tes couleurs attirent le ciel bleu
Et illuminent par ta lumière la nature verte ! 


                                   Majdouline

Le silence du banc et du temps

                                                            Photo prise à Belgrade


S’isoler dans le temps et dans l’espace
D'un un parc silencieux…
S'asseoir sur un banc...
Discuter avec le temps, l’écouter et rêver avec…
Ecouter le temps présent, le temps passé, le temps avenir...
Savourer la mélodie du temps et le repos sur un banc 
Et composer un poème !

            Majdouline

Dans la ville d’or et d’argent ( extrait du chapitre 36, le dernier de l'oeuvre )



   Hazrat Mahal est désormais prisonnière. Elle ne se fait aucune illusion sur « l’hospitalité » offerte par le maharadjah. […]
   Désormais, les uniques visites au bungalow sont celles de Jang Bahadour, Hazrat Mahal les tolère, malgré son mépris pour l’homme, car c’est l’occasion d’avoir des nouvelles, même s’il prend plaisir à ne lui rapporter que les mauvaises.
   Ainsi fin août apprend-elle que le procès de Jai Lal se poursuit… Depuis plus d’un an ! (…) Elle ne comprend pas pourquoi les juges prolongent cette mascarade : ils n’ont aucune intention de gracier l’un des principaux chefs de l’insurrection, mais le rajah est admiré dans tout le pays, l’exécuter serait vécu par tous comme l’assassinat d’un héro de l’indépendance. Il faut trouver un moyen de le salir et, jusqu’à présent, les témoignages obtenus sont trop contradictoires pour être convaincants.
   … Mon djani… pourvu qu’ils ne t’aient  pas torturé…
[…]
   Un jour arrive la nouvelle que Hazrat Mahal redoute depuis longtemps : le rajah Jai Lal Singh a été exécuté.
[…]
   A peine dans sa chambre, la jeune femme s’est effondrée. Contre toute raison elle avait gardé l’espoir que Jai Lal ne serait condamné qu’à la captivité, qu’il réussirait à s’enfuir ou qu’un mouvement populaire lui ouvrait les portes de la prison… Elle n’arrive pas à croire qu’elle ne le reverra plus. Jang Bahadour lui a peut être menti… Jai Lal, mon djani… Elle porte la main à sa poitrine, elle suffoque…
[…]
   Les hivers népalais sont rudes et la santé de Hazrat Mahal commence à s’en ressentir. Mais c’est surtout l’exil qui la mine. En 1863, le gouvernement britannique lui a de nouveau offert de rentrer aux Indes, à condition que son fils signe sa renonciation au trône. Une fois de plus, elle ne s’est pas donnée la peine de répondre.
   Birjis Qadar est devenu un jeune homme réfléchi et déterminé. Il a hérité de la force morale de sa mère. Il se prépare, sachant qu’un jour il rentrera dans son pays.
   Les Indes sont en train de changer. Les Britanniques ont rétabli leur autorité.
   Mais quoi qu’ils fassent, l’insurrection a semé des graines qu’avant de mourir Hazrat Mahal aura le bonheur de voir germer.
[…]
   De Katmandou, Hazrat Mahal suit avec attention tous ces événements. Bien qu’isolée et appauvrie, elle reste une reine infiniment respectée. Malgré ses faibles ressources, jamais elle ne refuse la charité à qui vient la solliciter.
   Le 7 avril 1879, celle que les Anglais appelaient  « l’âme de la révolte » s’éteint, à l’âge de quarante huit ans, après avoir fait promettre à son fils de continuer la lutte.

   La petite Muhammadi, la poétesse du Chowq, l’épouse de Wajid Ali Shah, la jeune régente, l’amante passionnée, la souveraine éclairée, le chef de guerre intrépide enfin, Hazrat Mahal fut comme une apparition fulgurante dans l’Histoire.
   Elle a tracé la voie de la libération des Indes.


Kenizé Mourad, Dans la ville d’or et d’argent ( p 471, 482, 483, 484, 485, 486, 487, 488, 489)


dimanche 9 août 2015

Dans la ville d’or et d’argent ( extrait 1 du chapitre 33 )




   De sa forteresse de Bithauli, Hazrat Mahal coordonne les attaques contre les Britanniques. Les combattants qui ont dû fuir Lucknow et ses environs sont tous venus se ranger sous la bannière royale, si bien que ses forces, celles de ses alliés et les redoutables troupes de maulvi Ahmadullah Shah atteignent désormais près de cent mille hommes. […]
   La nouvelle stratégie n’est pas d’affronter l’ennemi dans des batailles rangées mais de le harceler de tous côtés afin d’empêcher son autorité de s’établir et son administration de fonctionner.
   La Rajmata suit en cela les conseils donnés par Jai Lal avant leur séparation :
   « N’essayez jamais de combattre les troupes régulières britanniques, elles nous sont supérieures en armes et en discipline, mais épiez tous leurs mouvements, gardez les portes sur la rivière, interceptez leurs communications, leurs ravitaillement et leurs courriers, lancez sans cesse des attaques éclairs sur leurs camps, ne leur laisser pas un instant de répit. »
   Chaque soir, lorsqu’elle se retrouve seule dans sa chambre, Hazrat Mahal ouvre le médaillon que lui a donné son amant, le dernier soir. Elle scrute le beau visage aux traits marqués, du doigt elle suit délicatement le contour des sourcils arqués et des lèvres pleines, tout son être se tend vers lui. Elle sent… elle sait qu’il est vivant.
                                                        ***
   Tandis que devant elle son corps se contracte, elle s’inquiète tant pour lui qu’elle peut difficilement penser à autre chose. Quelques jours auparavant, en effet, un messager est venu lui annoncer que le rajah avait été fait prisonnier le 22 mars, dernier jour de la bataille de Lucknow, et que son procès avait commencé.
   [...]
   ... Jai Lal, mon amour...
   Elle fera tout pour le sauver.


Kenizé Mourad, Dans la ville d’or et d’argent (p 418, 419, 425 )

Dans la ville d’or et d’argent (extrait 2 du chapitre 31)




   Pendant cinq jours et cinq nuits, le palais va résister aux violents assauts de Howitzer. C’est en vain que les canons indiens répondent, inéluctablement leurs boulets s’écrasent avant d’atteindre les batteries ennemies. Alors, jouant le tout pour le tout, des volontaires décident de se glisser hors du palais pour s’approcher des lignes anglaises et lancer des grenades sur les artilleurs.
   Mais, avant de courir vers une mort certaine, les hommes ont une dernière requête : se faire bénir par le roi et la Rajmata. 
   Ils sont des dizaines à partir ainsi se sacrifier, et chaque matin a lieu la déchirante cérémonie.
   Debout au milieu de ces soldats, si jeune, le roi Birjis Qadar et sa mère leur rendent grâces pour leur héroïsme, au nom de tout le pays. Ce qui les étonne fort, comme les étonne l’émotion que la Rajmata peine à dissimuler. Après tout, ils ne font que leur devoir !
[…]
   Chaque nuit Jai Lal et Hazrat Mahal parviennent à se retrouver, se refusant à laisser le sommeil leur voler des heures précieuses. Ils ont l’impression de se connaître depuis toujours, comme si ces quelques semaines avaient été des années d’amour et de complicité. Pour la première fois Jai Lal se laisse aller à confier ses doutes car il sait que la femme, qui silencieusement lui caresse le front, peut comprendre et l’éclairer. Et puis, sans le dire, il veut la préparer à un avenir où il ne sera peut être à ses côtés.
   Aussi analyse-t-il sans indulgence leurs erreurs tactiques :
   « Si la révolte populaire avait gagné l’Ouest et le Centre, nous aurions  pu gagner. Le peuple était prêt, il avait commencé à se soulever. Mais il lui fallait des chefs. Les cipayes ont préféré rejoindre les grands centres de la rébellion, Delhi, Lucknow, Kanpour, laissant des civils sans expériences s’opposer au retour des Britanniques.
-          Nous avons  aussi été trahis par certains taluqdars qui se disaient nos alliés.
-          Pas seulement les taluqdars. L’ennemi a acheté bien des loyautés Des Indiens lui ont fourni de la nourriture, des transports et même des renseignements ! […]
-          Mais notre peuple aussi s’est sacrifié, et sans compter !
-          Le peuple oui, peut être parce que sa vie est si misérable qu’il estime n’avoir rien à perdre. […] Et nos élites, sauf quelques rares exceptions, ont-elles jamais mis leurs actes en accord avec leurs beaux discours sur l’intérêt général ? »
   Hazrat Mahal regarde son amant avec admiration et, une fois de plus, elle s’émerveille qu’il soit si différent des autres hommes qui se résignent et s’accommodent. Jai Lal, lui, ne renonce jamais et c’est pour cela qu’elle l’aime pour ses révoltes et ses i,dignations que d’autres appellent « sa folie » !
   Se blottissant contre son épaule, elle lui a pris la main et, tendrement, l’a baisée.
[…]
   Après avoir pilonné le palais  Outram lance l’assaut, tuant en quelques heures des centaines d’hommes et s’emparant de toute l’artillerie. Mais les Indiens refusent de s’avouer vaincus et, dans des actes fous d’héroisme, se lancent au-devant de repousser l’ennemi. […]
   Hazrat Mahal et Jai Lal vont passer une dernière nuit ensemble. Alors qu’elle sanglote dans ses bras, bouleversé, il tente de la réconforter.
   «  Ne crains rien ma djani, je te rejoindrai. En attendant, je te fais confiance, dorénavant c’est toi qui va diriger la lutte. Ne te laisse pas impressionner, tu es la dépositaire du pouvoir, la régente, les généraux te doivent obéissance. S’ils te contestent, mets en avant ton fils, ils ne peuvent désobéir au roi. Allons, promets-moi de rester forte et de ne jamais perdre espoir. »
   Avec un pauvre sourire, elle a promis.

   Le départ doit se faire avant le lever du jour. Devant les soldats rassemblés le rajah prononce une courte allocution. Les hommes ont la gorge serrés : reverront-ils celui qui fut, depuis des mois, autant leur père que leur chef ?
   Puis Jai Lal s’est tourné vers son ami, le rajah de Mahmoudabad, qui doit accompagner le jeune roi et le Rajmata.
   «  Je vous  les confie, Rajah sahab, prononce-t-il d’une voix altérée.  
-          Je réponds d’eux sur ma vie », l’assure le rajah, un homme d’honneur, qui a tout deviné.
   Hazrat Mahal a ramené ses voiles sur son visage pour cacher son émoi.
   «  Ayez confiance, ma djani, murmure-t-il, je vous aime plus que tout au monde et je reconquerrai Lucknow pour vous. »
   Il est temps de partir.
   Fouettant les chevaux, la petite armée s’élance au galop, soulevant des nuages de poussière. Immobile, Jai Lal fixe la route jusqu’à ce qu’ils aient complètement disparu.


Kenizé Mourad, Dans la ville d’or et d’argent (p 397, 398, 399, 400, 401)

samedi 8 août 2015

Dans la ville d’or et d’argent ( Extrait 1 du chapitre 31 )




   Les troupes du général Campbell investissent méthodiquement la ville de Lucknow. Evitant les rues hérissées de pièges et de barricades, elles progressent de maison en maison, dynamitant les murs pour se frayer un passage et massacrant les habitants qui n’ont pu fuir. […]
   A partir du 9 mars, les bombardements sur Kaisarbagh s’intensifient. A l’artillerie d’Outram, au nord, se joignent désormais les canons de Campbell, au sud. Mais les cipayes ont juré de défendre le siège du pouvoir et de donner leur vie pour le roi et la Rajmata. […]
   Cependant beaucoup pensent que la place de la régente n’est pas à Kaisarbagh, en particulier les quelques ministres encore au palais qui tentent de la convaincre de les accompagner dans une demeure éloignée de la zones des combats. Mais Hazrat Mahal ne veut rien entendre :
   « Partez Saheban, le roi et moi nous restons. Comment pourrions-nous abandonner ces milliers d’hommes qui risquent leur vie pour nous ? »
   Quant à Jai Lal, il ne dit rien. Elle lui en est reconnaissante car elle sent bien à son regard soucieux à quel point il s’inquiète pour elle ; mais il la connait assez pour ne pas intervenir, il comprend qu’elle a besoin d’agir et de se sentir utile. […]
   Pendant deux jours les bombardements ne cesseront pas. Les obus pleuvent de tous côtés. Jai Lal y a échappé de peu, et c’est à grand-peine qu’il a obtenu qu’Hazrat Mahal et le jeune roi restent au sous-sol.
   Mais, à présent, les forces ennemies se rapprochent de Kaisarbagh.
   «  Nous n’allons plus pouvoir tenir longtemps, lui annonce un soir le rajah, le visage défait, vous devez partir sans tarder pour le palais de Moussabagh.
-          Je veux rester à vos côtés !
-          Et mettre en danger le roi ? »
   Elle tressaille.
   « Mais vous… ?
-          Je vous rejoindrai très vite, je vous le promets. »
   Longuement, il l’a serrée dans ses bras.
   «  A bientôt, ma djani ! Allez, je vous en prie, c’est le moment, il commence à faire nuit, on ne doit pas vous voir quitter le palais. Une escorte vous attend, il n’y a pas une minute à perdre. »

   Moussabagh est une vaste résidence princière, située à quatre miles au nord de la ville, où autrefois la cour allait respirer l’air de la campagne. Pour ne pas attirer l’attention, la Rajmata, son fils et Mumtaz sont monté dans un simple doli*, précédé et suivi de soldats en tenus de paysans. Au moment de traverser le pont sur le Gomti, la main d’Hazrat Mahal s’est crispée sur le revolver que Jai Lal lui a donné et qu’elle a dissimulé sous son châle. Elle n’aura pas à s’en servir, ils atteindront le palis sans encombre.
   Le lendemain, Jai Lal et ses quelques trois mille soldats, attaqués de tous côtés, seront contraints de battre en retraite. Deux heures plus tard, Kaisarbagh est investi par les Britanniques.
   Leur prochain objectif est Moussabagh.



             Kenizé Mourad, Dans la ville d’or et d’argent (p 393, 394, 395, 396 )

               
 *Transport populaire, petite carriole tirée par un cheval.



jeudi 6 août 2015

Dans la ville d’or et d’argent ( extrait 1 du chapitre 30 )




   Le 6 mars, à l’aube, le général, Sir Colin Campbell, lance sur Lucknow un assaut qu’il espère décisif. […]
   Les combats sont féroces. Quand les cipayes ont tiré, ils ne perdent pas de temps à recharger mais lancent leurs fusils contre les Britanniques. […]
   Dès son arrivée au palis de Kaisarbagh, Jail Lal, couvert de poussière et de sang, est reçu par le jeune roi et la Rajmata qui, devant la cour assemblée, lui expriment leur reconnaissance. Tandis qu’à l’extérieur les canons ennemis continuent de tonner, une cérémonie est improvisée au cours de laquelle Birjis Qadar remet en grande pompe au rajah un splendide khilat brodé d’or et de perles. *
   Tard dans la soirée, Jai Lal et Hazrat Mahal se sont retrouvés dans la chambre de Mumtaz qui communique par un étroit couloir avec elle de la bégum.  […]
   C’est une lente cérémonie où tremblants ils se découvrent l’un à l’autre. Devant cet homme qui se livre sans réserve, ce guerrier qui la contemple avec l’innocence et l’émerveillement d’un adolescent, ses réticences et ses peurs s’évanouissent ; elle caresse son corps robuste, se love langoureusement contre lui, pressant ses seins et son ventre contre le sien, s’étonnant de son audace. Mais très vite, elle cesse de se poser des questions, emportée dans un tourbillon où elle ne contrôle plus rien, tête renversée, lèvres offertes, happée par un vent chaud, une mélopée profonde, une lumière intense qui s’infiltre dans tout son corps qu’elle sent grandir, lui échapper, et s’épanouir en un fulgurant éblouissement.
   Chaque nuit, ils se donnent l’un à l’autre passionnément, chaque nuit ils savent que c’est peut être la dernière.
  
Kenizé Mourad, Dans la ville d’or et d’argent


     *Les décorations n’existaient pas. Le souverain donnait des robes de cour ou des étoles d’une richesse inouie.