mercredi 18 décembre 2013

Voler comme une feuille d'automne



J’aimerais prendre l’avion
Traverser les cieux …
Franchir le vent dans mon évasion…
Et toucher les nuages d’un air glorieux !

J’aimerais voler comme une feuille d’automne
Fuyant la banalité de la vie monotone !

J’aimerais m’abandonner à mes cris silencieux
Et dialoguer avec mon âme épuisée !

J'aimerais m'éloigner dans mes larmes
Et sangloter de mes profondeurs !

J'aimerais monter haut... si haut...
Et m'évaporer comme un coton nuageux !

J’aimerais fermer toute issue à la bonté
Mais pourrais-je ?
Jamais ! …
Ma bonté c’est  mon bonheur, mon équilibre et ma paix !

                 Majdouline Borchani

Les feuilles d'hiver



Elles se posent  sur une boule de lumière comme sur une lune

De couleur  jaune empruntée aux rayons de soleil !

Les feuilles d’hiver comme celles d’automne

Toujours vivantes à  la beauté séduisante ! 

            Majdouline Borchani

mercredi 11 décembre 2013

Incrusté de Corail, d’Onyx, de Citrine et de Perles



Incrusté  de Corail, d’Onyx, de Citrine et de Perles

Posé sur la feuille d’un rosier,

Le ver de soie rend jaloux le mûrier !

De texture fourrure, aux nuances variée

Embellit, telle une broche, le cache-col ou le manteau ! 

            Majdouline Borchani


Toute connaissance est un précieux butin



 «  J’ai l’impression d’avoir été, dans mon enfance, comme une ruche où divers, simples et obscurs, apportaient, tels des abeilles, le miel de leur expérience et leurs idées sur la vie ; chacun d’eux, à sa manière, enrichissant généreusement mon âme ; souvent ce miel était impur et amer, mais qu’importe, toute connaissance est un précieux butin. »


                     Maxime Gorki, Enfance

samedi 7 décembre 2013

Tes larmes sont précieuses, mon enfant


                                                    Tableau figurant in Deviant art

Ne pleure pas mon enfant !
Tes larmes sont précieuses !
Ne pleure pas mon enfant !
Revendique pitié, amour et  tendresse !
Sans être malheureuse !
Tes larmes coulent sur tes joues roses de fraicheur !
Pour exprimer en douceur ta parole silencieuse ...
Pleure, mon enfant !
Tes larmes sont les perles de tes beaux yeux !
Elles  réchauffent  ton menton, 
Te réconfortent et te soulagent !


            Majdouline Borchani

dimanche 1 décembre 2013

Sous le rythme de mon ombre



Sous le rythme de mon ombre
J'ai dansé...
Et dans l'ombre de mes pétales
Je me suis épanouie...
Mes feuilles, sous la brise s'agitent
Et mon odeur, dans son éclat, enivre !

                       Majdouline Borhani


samedi 30 novembre 2013

Le jasmin rose



Sur une eau claire
   Ton reflet a jailli
      Telle une lanterne.
         Pétales blanches rosies de joie
            Sous le regard d’un  rose rubis
               Eau ondulée, de couleur pêche ou chair
                  Séduisante tu l’es  dans ta brillance claire !  

                                   Majdouline Borchani

mardi 26 novembre 2013

Comme une Princesse


Comme une Reine
J’aime les bijoux et les parures !
Comme une Princesse
J’aime les roses et les fleurs
Leur parfum et leurs couleurs
Comme une Muse
J’aime écouter la poésie et sa rime
Sa magie et son transport !
Comme une Femme
J’aime la vie et la beauté
Son charme et ses folies !
Comme une Vagabonde
J’aime les voyages et les explorations
Les aventures mais jamais leurs risques !

            Majdouline Borchani

La porte ouverte



La porte parle d’elle-même… Elle s’exprime en silence. 
Une belle porte fermée est agréable à regarder… C’est une porte ouverte à l’imagination !
Toute porte est une issue vers le meilleur … C’est un accès à l’espoir et à la liberté… 
C’est en gardant les portes fermées que l'on ouvre les voies du bonheur et c'est ouvrant les portes que l'on ferme les accès au désespoir !

Que toutes les portes nous soient ouvertes vers le bien et le bonheur !






mercredi 20 novembre 2013

Quand j'écoute mon silence


Quand je parle à mon silence

Je le trouve près de moi !

Il m'écoute et me conseille...

Quand j'écoute mon silence 

Je sens ma solitude et ma compagnie...

               Majdouline Borchani

C'est avec du thé et des roses que naquit notre merveilleuse amitié


  Dans la ville, il y aurait toujours de la place pour un libraire et  une fleuriste. Mais sans le revenu des boutiques, comment pourrais-je joindre les deux bouts ? Je suis votre veuve, et je continue de louer les deux boutiques qui m’appartiennent, l’une à Alexandrine, l’autre à M.Zamaretti. Comme vous le faisiez, comme votre père l’avais fait avant vous, et son père de même. […]
   La boutique était baignée de lumière. Les ouvriers l’avaient débarrassée des tristes tentures brunes et des apprêts gris de Mme Collévillé. Ils avaient éliminé toute trace d’humidité et repeignaient les murs et les coins dans un blanc lumineux. Ciré de frais, le plancher brillait. Ils avaient abattu la cloison entre la boutique et la pièce de fond, doublant la superficie des lieux. Ces jeunes gens, tous charmants et des plus enjoués, m’accueillirent avec entrain. Je pouvais entendre la voix stridente  de Mlle Walcker, qui se trouvait dans le cellier, occupée à donner des ordres à un autre jeune homme. Lorsqu’elle m’aperçut, elle m’adressa un bref signe de tête. Je sus que j’étais de trop et, aussi humble qu’une servante, pris congé.
   Le lendemain, Germaine, le souffle court, me suggéra de descendre pour jeter un coup d’œil à la boutique. Elle semblait si excitée que je reposai précipitamment ma broderie et la suivais. Rose ! Rose, mon amour ; et un rose comme vous n’en auriez  jamais imaginé. Une exploitation de rose. Du rose sombre à l’extérieur, mais rien de trop audacieux ou frivole, rien qui eût pu conférer quelque indécence que ce fût à notre demeure. Une enseigne simple et élégante au-dessus de la porte : Fleurs. Commande pour toute occasion. Les agencements  en vitrine étaient adorables, aussi jolis qu’un tableau, bibelots et fleurs, une abondance de bon goût et de féminité, façon idéale d’attirer le regard d’une coquette ou d’un galant gentilhomme en quête d’une seyante boutonnière. Et à l’intérieur, des tapisseries roses, à la dernière mode ! C’était magnifique et si séduisant.
   La boutique débordait de fleurs, les plus jolies fleurs que j’aie jamais vues. Des roses divines aux tons incroyables, magenta, pourpre, or, ivoire ; de somptueuses pivoines aux têtes lourdes et penchées ; et les effluves, mon amour, ce parfum entêtant, languissant qui y flottait, pur, velouté, comme une caresse de soie.
   Je restai là, fascinée, les mains jointes, comme une petite fille. Une fois encore, Alexandrine me considéra, sans sourire, mais je devinai un léger pétillement  dans ce regard acéré.
-          Ainsi, ma proposition approuve le rose ? murmura-t-elle, remettant de l’ordre dans les bouquets de ses doigts rapides et habiles.
   Je marmonnai mon assentiment. Face à cette jeune demoiselle hautaine et cassante, je ne savais comment réagir. Au début, elle m’intimidait.
   Ce ne fut qu’une bonne semaine plus tard que Germaine m’apporta un carton d’invitation dans le salon. Rose, bien sûr. Et il émanait  un parfum des plus délicats. «  Mme Rose souhaiterait-elle passer prendre le thé ? A.W. Et voilà comment notre merveilleuse amitié naquit. Avec du thé et des roses.
                    
              Tatiana de ROSENAY : Rose

   

mardi 19 novembre 2013

Les verres contenaient des liquides rouges, jaunes, verts, bruns, de toutes les nuances


C’était une de ces soirées d’été où l’air manque dans Paris. La ville, chaude comme une étuve, paraissait suer dans la nuit étouffante. Les égouts soufflaient par leurs bouches de granit leurs haleines empestées, et les cuisines souterraines jetaient à la rue, par leurs fenêtres basses, les miasmes infâmes des eaux de vaisselle et des vieilles sauces.
Les concierges, en manches de chemise, à cheval sur des chaises en paille, fumaient la pipe sous des portes cochères, et les passants allaient d’un pas accablé, le front nu, le chapeau à la main.
   Quand Georges Duroy parvint au boulevard, il s’arrêta encore, indécis sur ce qu’il allait faire. Il avait envie maintenant de gagner les Champs-Élysées et l’avenue du bois de Boulogne pour trouver un peu d’air frais sous les arbres ; mais un désir aussi le travaillait, celui d’une rencontre amoureuse.
Comment se présenterait-elle ? Il n’en savait rien, mais il l’attendait depuis trois mois, tous les jours, tous les soirs. Quelquefois cependant, grâce à sa belle mine et à sa tournure galante, il volait, par-ci, par-là, un peu d’amour, mais il espérait toujours plus et mieux. […]
Il aimait cependant les lieux où grouillent les filles publiques, leurs bals, leurs cafés, leurs rues ; il aimait les coudoyer, leur parler, les tutoyer, flairer leurs parfums violents, se sentir près d’elles. C’étaient des femmes enfin, des femmes d’amour. Il ne les méprisait point du mépris inné des hommes de famille.
   Il tourna vers la Madeleine et suivit le flot de foule qui coulait accablé par la chaleur. Les grands cafés, pleins de monde, débordaient sur le trottoir, étalant leur public de buveurs sous la lumière éclatante et crue de leur devanture illuminée. Devant eux, sur de petites tables carrées ou rondes, les verres contenaient des liquides rouges, jaunes, verts, bruns, de toutes les nuances ; et dans l’intérieur des carafes on voyait briller les gros cylindres transparents de glace qui refroidissaient la belle eau claire.
Duroy avait ralenti sa marche, et l’envie de boire lui séchait la gorge.
Une soif chaude, une soif de soir d’été le tenait, et il pensait à la sensation délicieuse des boissons froides coulant dans la bouche.

         
                             Guy de Maupassant : Bel ami 

C'est la grosse âme du train qui chante et qui avance



   Il est six heures moins le quart. Le ciel rosit doucement, là-bas. Le train comporte deux wagons de voyageurs. Le reste est composé de citernes de carburant et de wagons vides à ciel ouvert. Les voyageurs montent, s'entraident, choisissent vite un siège. On embarque du matériel, on s'installe, on achète un petit pain pour la route. Au milieu de notre wagon, une jeune fille s'est assise avec à ses pieds une immense bassine emplie de bières et de sodas dans des pains de glace. Derrière nous, une vieille femme lourdement chargée se pose sans mot dire avec ses trois enfants et quatre poules aux pattes entravées. Un couple de vieux habillés comme pour une cérémonie s'installe en face de nous, de l'autre côté de la travée centrale. L'homme a les yeux brillants, il n'ose s'asseoir, ou ne veut pas ; il reste debout, tout de regards, se penche au dehors, s'agite, nous regarde. Dehors, sur les quais, des vendeurs proposent tout ce dont on aura besoin. Par les fenêtres sans vitres, les bras se tendent et se rejoignent, échangent billets et victuailles.
   Six heures. Sous les bras ouverts de Christo Rei baigné de soleil neuf, le train s'ébranle. Les wagons tanguent et cognent dur ­ plus de suspension depuis longtemps.
   Les regards se portent sur quatre voyageurs étonnants : nous sommes un spectacle. Pas la moindre animosité cependant. Le wagon est plein, les sacs envahissent les recoins, s'entassent sous les bancs de bois. A la cohue du départ succède un silence ensuqué ; chacun prend ses marques, s'installant au mieux pour le trajet qui sera long.  Le train contourne la ville. Dehors, sous les pierres qui les tiennent, entre les immenses feuilles vertes et languides des bananiers, les toits de tôle neuve ont le bleu frais du ciel. Les enfants, à notre passage, cessent leurs jeux et nous font des signes de la main ; et le vieil homme, toujours debout, leur répond avec un enthousiasme ravi. […]
   Le voyage en train fait découvrir une autre géographie. On serpente à flanc de pente, suivant presque exactement les courbes de niveau, déroulant des perspectives merveilleuses et toujours changeantes. Lorsque le train prend un virage, le vieil homme se penche par la fenêtre, nous regarde, nous appelle, montrant du doigt dans une extase ravie le convoi et la locomotive : on peut les voir ! C'est la première fois qu'il prend le train, nous dit-il ; il est parti de chez lui il y a maintenant deux jours, et va voir son cousin quelque part dans la plaine que nous avons contemplée depuis la falaise, la veille. Sa femme et lui descendront à Bibala.
   Nous avons quitté les faubourgs, maintenant, et traversons des campagnes désertes, des terres incultes, une mousseline de buissons secs et gris, surmontée ça et là par le feuillage des baobabs, d'un vert tendre. Pas de vie humaine, croirait-on ­ mais le regard surprend, au milieu de rien, la fumerolle d'un petit foyer, un sentier, un berger, deux vaches maigres et placides.
   On prend quelques photos.
   Par les ouvertures béantes des fenêtres nous arrivent un souffle d'air et la morsure du soleil matinal. On se passe de la crème. Le spectacle ravit le vieil homme, qui nous en demande et s'en étale tant bien que mal sur le visage, une vieille souche d'ébène, en riant aux larmes. Il n'en faut pas plus pour que la conversation s'engage avec lui, sa femme, ses voisins. Nous partageons des sodas.
   Le train est à soi un voyage, aux autres incommensurable. Notre convoi s'arrête, repart, s'arrête encore, au milieu de rien, dans des stations improbables, hors du temps. […]
Depuis quelques heures, la torpeur a gagné le wagon. La vie s'est comme arrêtée, immobile et muette ; voyageurs et poules dorment, les enfants s'accrochent aux bras abandonnés des femmes, les têtes dodelinent dans les cahots, le bruit de la ferraille nous berce. Les piles du poste sont mortes depuis longtemps, et les âmes au repos.
C'est la grosse âme du train qui chante, et qui avance.
                                                                          
                       Nicolas DELEAU - Lubango, Namibe

     (Extrait d’un texte publié in http://www.ecrivains-voyageurs.net/pages/extrait2.htm )





vendredi 1 novembre 2013

Crépuscule


Oui, plus que leur début, j'aime la fin des choses ;
Le soir d'une illusion où tombe un point  final ;
Au déclin d'un grand jour, j'aime les portes closes
Après l'espace immense et le feu matinal.

Les yeux d'un jour mourant ne sont jamais moroses
Aux yeux de qui connaît notre destin fatal ;
Et la nuit dont la paix fait sourire les roses
Dans l'âme d'un penseur allume un doux fanal.

Que le silence chante après la vie qui gronde !
Nous perdons notre phare aux remous de ce monde
Et le sens de la vie est au bout de la vie.

A l'aveuglant éclat d'un lourd soleil qui brûle
Je préfère toujours un pourpre crépuscule ;
O divine retraite ! O céleste agonie !

               Mohamed Jammoussi,  Le jour et la nuit
                         ( Mohamed Jammoussi est un Chanteur, Compositeur, Acteur et Poète Tunisien)

lundi 28 octobre 2013

Cette aimable représentation que donne, en plein Paris, la belle nature


   Le long des larges allées, qui déploient à travers les pelouses et les massifs leur courbe savante, une foule de femmes et d’hommes, assis sur des chaises de fer, regardent défiler les passants tandis que, par les petits chemins enfoncés sous les ombrages et serpentant comme des ruisseaux, un peuple d’enfants grouille dans le sable, court, saute à la corde sous l’œil indolent des nourrices ou sous le regard inquiet des mères. Les arbres énormes, arrondis en dôme comme des monuments de feuilles, les marronniers géants dont la lourde verdure est éclaboussée de grappes rouges ou blanches, les sycomores distingués, les platanes décoratifs avec leur tronc savamment tourmenté, ornent en des perspectives séduisantes les grands gazons onduleux.
  Il fait chaud, les tourterelles roucoulent dans les feuillages et voisinent de cime en cime, tandis que les moineaux se baignent dans l’arc-en-ciel dont le soleil enlumine la poussière d’eau des arrosages égrenée sur l’herbe fine. Sur leurs socles, les statues blanches semblent heureuses dans cette fraîcheur verte. Un jeune garçon de marbre retire de son pied une épine introuvable, comme s’il s’était piqué tout à l’heure en courant après la Diane qui fuit là-bas vers le petit lac emprisonné dans les bosquets où s’abrite la ruine d’un temple.
 D’autres statues s’embrassent, amoureuses et froides, au bord des massifs, ou bien rêvent, un genou dans la main. Une cascade écume et roule sur de jolis rochers. Un arbre, tronqué comme une colonne, porte un lierre ; un tombeau porte une inscription. Les fûts de pierre dressés sur les gazons ne rappellent guère plus l’Acropole que cet élégant petit parc ne rappelle les forêts sauvages.
  C’est l’endroit artificiel et charmant où les gens de ville vont contempler des fleurs élevées en des serres, et admirer, comme on admire au théâtre le spectacle de la vie, cette aimable représentation que donne, en plein Paris, la belle nature.

          Guy de Maupassant, Fort comme la mort (1889)



vendredi 25 octobre 2013

Galant de Nuit



   J'aimais bien Clairefontaine, du bout des souvenirs. Non pas celle du football où les "Champions du Monde" aiment à se ressourcer, non ! Ma Clairefontaine à moi, jouxtait Aïn-El-Turck, là où sont mes racines. Elle a, dans mon enfance, souvent troublé mes sens.
Sa plage nous accueillait, sur fond de sable blond. Ses journées de soleil berçaient nos corps d'enfants rafraîchis des embruns et, ses rouleaux de vagues égayaient les baigneurs ivres de jeux et de joie. Ses longues soirées de bal à l’abri des palmiers, nous menaient jusqu'à l'aube, dans les rêves magiques de notre adolescence. Ses allées de villas paradaient au soleil et les filles, à leur tour, dénudées par l'été, souriaient au ciel bleu. Face à l'immensité de lapis-lazuli que barrait l'horizon, tout au fond d'une allée encadrée de palmiers, majestueusement, notre Château Navarre imposait sa présence, et pourtant, de sa vie nous en ignorions tout !
   J’aimais bien Clairefontaine des chaudes soirées d’été. Nous marchions en famille, parcourant ses allées, suivis du clapotis des vagues venant de France. Au mélodieux murmure des feuilles excitées par la brise se mêlaient hardiment les enivrants effluves d’un millier de jardins. L'air embaumait la rose, la glycine et l'œillet, venu d’Inde ou d’ailleurs, le noble bégonia, la blanche marguerite ou l’audacieux kana, mais les dominant tous, une senteur tenace, un imbibant parfum nous imprégnait les sens.
   Moi, j’aimais Clairefontaine, comme on aime d’amour lorsque nous vient l'été, une fille aux yeux verts, la peau couleur cannelle et les cheveux soleil. De tous les souvenirs issus de mon passé, s'exhalant dans la nuit, capiteux, voletant, ce parfum m’est resté. Olfactif repaire, ancré en ma mémoire jusqu'au bout de mes ans. Il me poursuit depuis sans cesser un seul jour.
Par ignorance sans doute, par respect ou amour pour ce lieu, par tendresse ou par fascination, allez savoir pourquoi, nous dénommions ces mystérieux effluves, "Galant de nuit". Oui, beau Galant de nuit ! Et qu’importe s’il était "Oranger du Mexique", "Chèvrefeuille grimpant", "Jasmin" des contes merveilleux de la belle Shéhérazade ou bien haie parsemée de bouquets de fleurs blanches, distillant en nocturne à tous les promeneurs, telle une huile essentielle, son parfum de l’été.
   Seul le "Galant de nuit" chargé de poésie pouvait par sa présence forcer l’imaginaire. Tout au fond du jardin, venu en clandestin, sous de sombres habits, invisible, l'amant, tout près de la Rotonde, attendait sa "Galante". Les étoiles scintillaient en millions de milliers de coups d’œil complices et la lune pudique se servait d’un nuage pour se voiler la face. Seule, dans l'immensité de la nuit, la claire voie lactée déployait ce chemin d'absolue liberté que prennent en s'envolant les rêves d’amoureux.
Une senteur soudaine, enivrante, excitante, emplissait le jardin, précédant dans l'allée les petits pas furtifs et le doux bruissement des dentelles légères de l'exquise maîtresse, ardemment désirée. Puis en tendres volutes, la douceur du parfum enveloppait alors les amants enlacés pour une éternité, l'espace d'une nuit de passion et d'amour.
  Tendre "Galant de Nuit", tu vis toujours en moi, en doucereux mystère caressant l'odorat et affolant mes sens !
  Charmant "Galant de Nuit" d'une époque mythique, tu restes même aujourd'hui, ce magique déclic mêlant aux vagues des pensées déferlantes, des fleurs et des parfums, des sons et des couleurs et, tant de souvenirs de notre adolescence !
   Tenace "Galant de Nuit" de nos songes d'antan, des lieux de nos jeunesses et du passé présent, tu engendres malgré toi, de trop souventes fois, cette mélancolie, cette "Nostalgérie", qui nous mène à souffrir de vivre loin de toi et depuis trop longtemps !

              René Aniorté




lundi 21 octobre 2013

Peines silencieuses... Solitude accompagnée…


La mer...
La mer, par ses doux mouvements, m’appelle à l’écouter…
La mer, par le calme de ses vagues, m’invite...!
Puis-je lui parler ? Je ne sais…
A qui me confier ? A cet horizon lointain et indifférent
Ou bien à cette nuance bleue dégradée ?
Dans ce voyage vers l’infini, j’ai cherché des vérités…
J’ai écouté des promesses qui n’étaient que paroles !
Paroles... pour calmer, pour fermer mais jamais pour engager…
S’engager! Mais pour qui et pour quelle raison ?
L’engagement n’est qu’une chimère !
Le sable, sur lequel je m’étais assise, a senti mes douleurs
Mes peines silencieuses et ma solitude accompagnée…
Je me suis trouvée seule dans ma sagesse
Et sage dans ma solitude...
Seule et accompagnée de l’enfant que je protège,
J’ai senti la douceur de sa main sur ma peau…
Une main angélique et protectrice.

Les vagues bleues se sont calmées
Et l’horizon lointain nous a appelées …

                    Majdouline Borchani



dimanche 6 octobre 2013

Pétales dansantes



Pétales dansantes

   Sous le rythme d'une brise matinale.

      Douces au toucher,

         De leur couleur vive.

            Souriantes dans leurs mouvements.

               Attirantes par leur nectar.

                  Séduisantes  dans leur vert satiné !

            Majdouline Borchani









jeudi 3 octobre 2013

Paris... et le souvenir... diffère d'une personne à l'autre ...



« C’était une belle soirée, et j’avais travaillé dur toute la journée et quitté l’appartement au-dessus de la scierie et traversé la cour encombrée de piles de bois, fermé la porte, traversé la rue et j’étais entré, par la porte de derrière, dans la boulangerie qui donne sur le boulevard Montparnasse et j’avais traversé la bonne odeur des fours à pain puis la boutique et j’étais sorti par l’autre issue. Les lumières étaient allumées dans la boulangerie et, dehors, c’était la fin du jour et je marchais dans le soir tombant, vers le carrefour, et m’arrêtai à la terrasse d’un restaurant appelé le Nègre de Toulouse où nos serviettes de table, à carreaux rouges et à blancs, étaient glissées dans des ronds de serviette en bois et suspendus dans un râtelier spécial en attendant que nous venions dîner. Je lus le menu polycopié à l’encre violette et vis que le plat du jour était du cassoulet. Le mot me fit venir l’eau à la bouche. […]
Je poursuivis mon chemin, léchant les vitrines, et heureux, dans cette soirée printanière, parmi les passants. Dans les trois principaux cafés, je remarquai des gens que je connaissais de vue et d’autres à qui j’avais déjà parlé. Mais il y avait toujours des gens qui me semblaient encore plus attrayants et que je ne connaissais pas et qui, sous les lampadaires soudain allumés, se pressaient vers le lieu où ils boiraient ensemble, dîneraient ensemble et feraient l’amour. » […] 
« Ce fut la fin de notre première période parisienne. Paris ne fut plus jamais le même. C’était pourtant toujours Paris, et s’il changeait vous changiez en même temps que lui. […] Il n’y a jamais de fin à Paris et le souvenir qu’en gardent tous ceux qui y ont vécu diffère d’une personne à l’autre. Nous y sommes toujours revenus, et peu importait qui nous étions, chaque fois, ou comment il avait changé, ou avec quelles difficultés – ou quelles commodités – nous pouvions nous y rendre. Paris valait toujours la peine, et vous receviez toujours quelque chose en retour de ce que vous lui donniez. »

                    ERNEST HEMINGWAY: PARIS EST UNE FÊTE


dimanche 29 septembre 2013

Etoile veloutée couleur tigre



Il est des fleurs qui nous fascinent

     De forme et de couleur si fine.

         Etoile veloutée mouchetée de toute grâce,

             Couleur tigre sur un vert de grasse,

                  Embellit ses branches  telle une broche !

            
                                    Majdouline Borchani



vendredi 20 septembre 2013

Les perles d’eau



Sur un tapis volant,

Je t’ai cueilli des perles d’eau.

Sur un cœur vert prairie,

Je te les offre en cadeau.

J’ai vu l’éclat de tes yeux adorant

Leur mystère  et leur transparence  …

Belle nature !

Prends soin de ces perles !

Feuille verte, ne lâche pas le tapis !

Boules transparentes !

Ne  coulez pas, ne partez pas !

Posez-vous  sur mon vert sapin ! 

                      Majdouline Borchani

mercredi 18 septembre 2013

La gaieté



« Je cherche dès le réveil ce qui est nécessaire au jour pour être un jour : un rien de gaieté. Je cherche sans chercher. Cela peut venir de partout. C'est donné en une seconde pour la journée entière. La gaieté, ce que j'appelle ainsi, c'est du minuscule et de l'imprévisible. Un petit marteau de lumière heurtant le bronze du réel. »

  
    Christian Bobin, "Autoportrait au radiateur"

samedi 7 septembre 2013

Belles sont les couleurs de l’automne


Deux petits papillons roux
tourbillonnent, tourbillonnent
Deux petits papillons roux
tourbillonnent dans l'air doux
et tombe la feuille d'automne.

             Louis CODET 

jeudi 5 septembre 2013

L'Iris



Près des étangs où la libellule voltige,
Où, dans les soirs d'été, vient se baigner l'oiseau,
On aperçoit l'Iris, qui tremble sur sa tige
Et semble un papillon posé sur un roseau.
Du bleu foncé des mers elle reçut l'empreinte,
Prise à l'heure où la nuit noircit l'azur des cieux.
Seule parmi les fleurs elle offre cette teinte,
La plus chère à l'esprit et la plus douce aux yeux.
Sur la terre, du bleu la Nature est avare,.
Et les poètes sont réduits à le rêver ;
Si le pinceau s'applique à le rendre moins rare,
C'est que vers l'Idéal l'Art tend à s'élever.
Des Zéphirs printaniers docile messagère,
Comme une voile au vent toujours prête à flotter,
La forme de l'Iris, vaporeuse et légère,
Est l'image de l'âme en train de nous quitter.
Aux rayons du soleil qui brille sur la plage,
Sa transparence émet une lueur dans l'air,
Semblable au feu follet qui court avant l'orage
Et disparait soudain, absorbé dans l'éther.

                        Charles Rouvin

mercredi 28 août 2013

Felicità ( Le bonheur )






Le Bonheur c'est se tenir par la main et  aller loin

Le bonheur c’est ton regard innocent au milieu des gens

Le bonheur c’est rester l’un à côté de l’autre comme des enfants

Le bonheur c’est un coussin en plumes  sur l’eau d’un fleuve qui passe et qui coule

Le bonheur c'est la pluie qui descend derrière les rideaux.

Le bonheur  c’est baisser la lumière pour faire la paix.

Le bonheur c’est un verre de vin avec un sandwich.

Le bonheur c’est te laisser un mot dans un tiroir.

Le bonheur c’est chanter à deux voix.


Le bonheur ! Combien il me plait !

Ecoute dans l'air il y a déjà notre chanson d'amour qui passe...

Ecoute dans l'air il y a déjà un rayon de soleil qui passe…

Comme un sourire qui a un goût de bonheur…


Le bonheur c’est  un  soir par surprise, la lune allumée et la radio en marche.

Le bonheur c’est un mot doux, plein de cœurs !

Le bonheur c’est un coup de téléphone …

Le bonheur c’est une plage de nuit où bat une vague…

Le bonheur c’est C'est une main sur le cœur  pleine d'amour…

Le bonheur c'est attendre l'aurore pour le faire encore…

Felicità
Felicità. E' tenersi per mano, andare lontano la felicità.
E' il tuo sguardo innocente in mezzo alla gente la felicità.
E' restare vicini, come bambini, la felicità, felicità.
Felicità. E' un cuscino di piume, l'acqua del fiume
che passa e che va.
E' la pioggia che scende, dietro alle tende la felicità;
è abbassare la luce, per fare pace, la felicità, felicità.
Felicità. E' un bicchiere di vino,
con un panino la felicità:
E' lasciarsi un biglietto dentro al cassetto, la felicità
E' cantare a due voci, quanto mi piaci la felicità, felicità.

refrain:
Senti nell'aria c'è già la nostra canzone
d'amore che va…
come un pensiero che sa di felicità.
Senti nell'aria c'è già un raggio di sole più caldo che va,
come un sorriso che sa di felicità.

Felicità. E' una sera a sorpresa,
la luna accesa, la radio che va.
E' un biglietto d'auguri, pieno di cuori la felicità;
è una telefonata non aspettata, la felicità, felicità.
Felicità. E' una spiaggia di notte
l'onda che batte, la felicità.
E' una mano sul cuore, piena d'amore la felicità.
E' aspettare l'aurora, per farlo ancora la felicità
Felicità.

Senti nell'aria c'è già …









samedi 24 août 2013

L'Orient-Express


    Malgré l’heure matinale, les voyageurs se pressaient déjà autour des portes de l’Orient- Express. Et pas n’importe quels voyageurs… Des demi-mondaines couvertes de somptueuse fourrures, bien qu’on ne soit qu’au mois de septembre, des femmes qui  ressemblaient à des stars de cinéma, d’autres enfin  dont  l’élégance raffinée montrait clairement qu’elles appartenaient à des milieux influents. Les hommes qui les accompagnaient avaient tous des allures de banquiers cossus : costumes noirs finement rayé de blanc, chapeau mou et lourde chaine de montre en or accrochée, bien en évidence, à leur gousset. […]

   Avant de rejoindre son compartiment, Audrey ne put résister à l’envie de jeter un coup d’œil au wagon- restaurant. Avec ses parois couvertes de bois marqueté, ses hautes glaces biseautées et ses accessoires en cuivre parfaitement astiqués, celui- ci ressemblait plus à une luxueuse salle à manger qu’à l’intérieur d’un train. Quant au compartiment qui leur était réservé, avec ses parois de bois et ses lourds rideaux grenat, on aurait dit une bonbonnière.
   Quand vint l’heure du repas, Audrey et Charles se rendirent au wagon-restaurant où on leur servit un repas princier.


    Pour commencer, le serveur leur apporta de délicieux hors-d’œuvre et, comme ils mourraient de faim, ils dévorèrent une quantité énorme de toasts au saumon fumé. Puis ils eurent droit à du caviar et Charles  en profita pour expliquer à Audrey que cette précieuse denrée était conservée dans des wagons frigorifiques, un progrès tout récent… Le caviar fut servi d’asperges à la sauce hollandaise, de crevettes et d’un gigot d’agneau. Comme dessert, on leur servi  des profiteroles, nappées de chocolat chaud. Si bien que lorsqu’on leur apporta les cafés viennois, Audrey avoua à Charles qu’elle avait l’impression de n’avoir jamais aussi bien mangé de sa vie.


                      Danielle STEEL, La vagabonde 

jeudi 22 août 2013

Dégradation des couleurs au moment du lever de soleil à la mer de Khmara

       
                                                             Lever de soleil à Khmara


Le ruban rouge


                                                        Tableau de Vladimir Volegov

 Sur une terrasse fleurie, elle a écarté une chaise en paille… Que cherche- t-elle ? L’isolement ou la méditation ? Le ruban rouge feu, emprunté à la  couleur de la robe, passe,  sous les mouvements de ses doigts, pour un ornement au chapeau de paille.

lundi 5 août 2013

La vagabonde (extrait 2)



   Le soleil venait d’apparaître à l’horizon, embrassant le ciel, quand Charles demanda à Audrey :
-          Pour quelle raison vous retrouvez-vous à Antibes ?
   La question n’avait pas été posée sur un ton anodin. Charles semblait très désireux de savoir à quel heureux hasard il devait d’avoir rencontré Audrey.
-      Je crois que j’avais besoin d’échapper à quelques choses, répondit celle-ci en toute sincérité.
-           A  quelque chose ou à quelqu’un ?
   Audrey avait tellement l’âge d’être mariée et peut-être Charles imaginait –il qu’elle venait de vivre un amour malheureux…
-    A moi-même avant tout ! corrigea-t-elle aussitôt. Et aux responsabilités que je m’imposais.
-          Vous m’avez l’air  bien sérieuse tout d’un coup.  « Et si triste » eut envie d’ajouter Charles en résistant au désir de la prendre dans ses bras pour la consoler.
-       Cela m’arrive en effet quelquefois, reconnut Audrey en souriant. J’ai laissé à San Francisco un grand-père que j’adore et une jeune sœur qui a désespérément besoin de moi.
-         Est-elle malade ?
-       Qu’est ce qui bien pu vous faire penser ça ? demanda Audrey tout étonnée.
-          Le fait que vous avez employé le mot «  désespérément »…
-          Je me suis mal exprimée… Je voulais tout dire qu’elle manque un peu de maturité pour son âge. Et c’est de ma faute ! Quand nos parents sont morts, elle n’avait que sept ans. Je crois que je l’ai trop gâtée… C’est en tout cas ce que dit mon beau frère. […]
   Charles l’avait écoutée avec attention croissante.
-        Je comprends ce que vous éprouvez, dit-il en lui prenant la main.
   Et comme Audrey paraissait en douter, il ajouta :
-       Mes parents sont morts dans un accident de voiture lorsque j’avais dix-sept ans. Je suis alors  venu vivre aux Etats-Unis avec mon jeune frère. Sean avait onze ans à l’époque, et nous habitions chez mon oncle et ma tante. Mais j’étais bien trop indépendant pour m’entendre avec eux et, un an plus tard, je suis rentrée en Angleterre en emmenant Sean avec moi. Il n’avait jamais eu une constitution très forte et la mort de nos parents l’avait traumatisé… Il est mort de la tuberculose à quatorze ans. Et je m’en suis toujours voulu ! avoua Charles en baissant les yeux. […] Après la mort de Dean, reprit Charles, je n’ai pas pu supporter de rester à l’université : tous les jeunes gars que je rencontrais me rappelaient mon frère ! Alors, je suis parti. En Inde, d’abord… Puis au Népal. Ensuite, j’ai passé un an au Japon. C’est là-bas que j’ai écrit mon premier livre. J’avais vingt et un ans et je venais de trouver ma voie. Comme cette vie me plaisait, conclut-il en souriant pour la première fois, j’ai continué à voyager.
-       Comme je vous envie ! ne put s’empêcher de remarquer Audrey. Mon père, lui aussi, était un grand voyageur et j’ai toujours rêvé de vivre comme lui.
-        Qui vous en a empêché ?
-        Mon grand père et Annabelle, dit Audrey.
   Puis, voyant que Charles lui lançait un regard dubitatif, elle ajouta :
-       Si, à mon retour, je m’aperçois qu’ils se dérouillent très bien sans moi, j’espère bien repartir et aller un peu plus loin qu’Antibes cette fois…
-      Erreur ! corrigea Charles en souriant. C’est maintenant ou jamais qu’il faut partir.  Après, vous risquez de vous marier et d’avoir des enfants. Alors, adieu les voyages !
-       Il n’y a pas de danger que je me marie !
-     Vous me cachez quelque chose, la taquina Charles. Y aurait-il dans votre famille une tare quelconque ?
-      Grand Dieu, non ! s’écria Audrey en éclatant de rire. Seulement ? Je n’ai jamais rencontré un homme dont j’ai envie de partager la vie. Ils ressemblent tous plus au moins à mon beau- frère et ont des idées bien arrêtées sur ce qu’une femme doit faire et ne pas faire. Savoir recevoir les amis et appartenir à la Croix-Rouge sont, en général, les seules qualités qu’ils reconnaissent à une femme ! Tandis que moi, ce qui m’intéresse, c’est  de discuter politique, de voyager et de prendre des photos chaque fois que j’en ai envie.
     Charles avait écouté Audrey sans l’interrompre. Sa conception de la vie le fascinait. Elle ressemblait si peu aux femmes qu’il avait rencontrées jusqu’ici…
-     Je n’ai pas encore vu vos photos mais je parie qu’elles sont excellentes.
-         Vous dites cela pour me faire plaisir, Charles.
-       Pas du tout, Audrey ! Vous possédez toutes les qualités pour faire une bonne photographe : vous êtes sensible et perspicace, et vous aimez l’ordre.
-         En général, ce ne sont pas des qualités très appréciées chez une femme, fit remarquer Audrey. A San Francisco, à cause de ça, on m’appelait «  la vieille fille »…
   Les yeux de Charles lancèrent des éclairs.
-     Ne vous occupez pas de ce que pensent les autres ! dit-il. La vie est trop courte pour qu’on perde son temps à faire semblant d’être autre chose que soi-même.
-    Vous avez  certainement raison, reconnut Audrey. Et puisque nous en sommes aux confidences, j’aimerais bien savoir qui est Charles Parker-Scott.
-   Le contraire d’un pantouflard ! Un fana de l’aventure, si vous préférez… Au début, toutes les femmes me disent qu’elles adorent ça. Puis quelques jours plus tard, elles me laissent entendre que je devrais ma calmer un peu… Comme si je suis fait pour vivre en liberté, si on essaie de me mettre en cage, je n’ai plus qu’une envie : m’échapper.
   «  Le portrait parait assez ressemblant », se dit Audrey en se souvenant de l’impression qu’elle avait eu lorsqu’elle avait rencontré Charles pour la première fois.
-     J’ai trop souffert de la mort de Sean pour vouloir des enfants, reprit Charles, ce qui constitue aussi un sérieux handicap aux yeux de ces dames. Et le plus étrange, c’est que je me sens parfaitement heureux ainsi. […] Et vous Audrey, vous ne souffrez pas de ne pas avoir d’enfant ?
-      Pour  l’instant, je m’occupe de mon grand-père, d’Annabelle et de son fils… Je crois que ça me suffit !
   Avant de répondre, elle avait marqué une légère hésitation qui n’avait pas échappé à Charles.
-      Vous ne pourrez pas vivre éternellement à travers les autres, lui dit-il.
-     Pourquoi ce qui vous convient ne m’irait-il pas ? demanda Audrey, soudain sur la défensive.
-          Parce que moi, j’aime ce que fais, et vous non.
   Charles avait prononcé cette phrase d’une voix douce comme s’il craignait de lui faire de la peine.
-       Vous avez raison, reconnut Audrey. L’été que je viens de passer à Antibes n’est qu’un merveilleux intermède. Quand il se terminera, il faudra que je rentre à San Francisco. Vous savez bien que lorsqu’on aime les gens, il est impossible de faire les choses à moitié…
   Si Charles le savait ! Il avait aimé son jeune frère au point de tout lui sacrifier… Mais ces quinze dernières années, par crainte de perdre à nouveau un être aimé, il avait refusé de s’attacher à qui que ce soit. Et voilà qu’Audrey éveillait en lui un sentiment longtemps assoupi : il avait l’impression de lire à livre ouvert dans son âme comme elle devait lire dans la sienne.
-       Je ne sais pas ce qui me vaut le bonheur de vous avoir rencontré, dit-il soudain, mais je suis follement amoureux de vous Audrey !
   Le cœur d’Audrey s’affola dans sa poitrine. Cela faisait tant d’années qu’elle attendait de rencontrer un homme comme Charles, capable de comprendre ce qu’elle éprouvait et de l’encourager dans ses désirs les plus secrets… Et voilà que cet homme était là,  à moins d’un mètre d’elle, et qu’il ouvrait les bras pour qu’elle vienne se blottir contre lui.
-    Charles… murmura-t-elle en plongeant son regard dans le sien, moi aussi, je suis amoureuse…
   Quand Charles posa ses lèvres sur les siennes, Audrey le laissa faire et lui rendit son baiser avec une fougue qui l’effraya. Elle avait la curieuse impression d’être arrivée à un tournant de sa vie et qu’à partir de cette minute rien ne serait jamais plus comme avant.
 Charles l’entraîna à l’intérieur de la maison en la tenant tendrement par la taille et il l’accompagna jusqu’à la porte de sa chambre.
-  Combien de temps comptez-vous rester à Antibes ? murmura Audrey en ouvrant sa porte.
-     Aussi longtemps que possible, répondit Charles.
   Puis, après avoir jeté un dernier regard à Audrey, il fit demi-tour et s’engagea dans le couloir pour regagner sa propre chambre.
                 
               Danielle STEEL : La vagabonde